Centrale photovoltaique

LE Pr EMMANUEL SIMEU EXPLIQUE LES GRANDS ENJEUX DE CE PROJET

Doyen accesseur à la Faculté des Sciences et de Technologie (FST), le Pr Emmanuel Simeu est l’un des initiateurs du projet d’une centrale photovoltaïque à l’UdM. Dans une interview accordée à la Cellule de communication et des relations publiques de l’UdM, cet enseignant chevronné donne les fondements de cette initiative futuriste qui positionne l’UdM comme une technopole en matière de production d’énergies renouvelables au Cameroun, voire au-delà.

Qu’est-ce qui a motivé le projet de création d’une  unité photovoltaïque à l’UdM ?

L’idée de construction d’une centrale photovoltaïque à l’UdM est une continuité de la démarche qui a déjà vu naitre à l’UdM une formation sur les énergies renouvelables et génie  climatique. Il était anormal qu’une université qui forme des ingénieurs dans le domaine des énergies renouvelables n’ait aucun exemple dans ses infrastructures à offrir pour ce genre d’énergie. Ce sera une plateforme exemplaire, mais au-delà de la plateforme exemplaire, c’est de l’énergie, et on produira de l’énergie renouvelable, c’est-à-dire une énergie qui est pérenne, et ce sera aussi une plateforme des étudiants, pour leurs expérimentations.

Au-delà de produire les énergies, les équipements qu’on installera  seront didactisés de telle sorte que les étudiants puissent venir à tout moment faire aussi bien des projets que des TP, parce qu’on a aussi prévu des salles de TP assez confortablement équipés.

Professeur, ce sera un projet innovant, une Université qui s’autonomise en matière de production d’énergie, les équipements sont-ils appropriés ?

S’autonomiser complétement, on en n’est pas encore là, même si cela reste un objectif à atteindre, mais disons que comme nous centrons la production sur les énergies renouvelables, on connait bien l’intermittence de ce type d’énergie, cela veut dire qu’elles ne sont pas toujours disponibles au moment où on en a besoin, donc il faut projeter l’autonomie énergétique dans un avenir un peu plus lointain, mais le but du projet c’est de faire en sorte qu’une grande partie, au moins les besoins journaliers en éclairage, soient parfaitement couverts par les installations dont on disposera. Il faut néanmoins garder la possibilité quand cette énergie renouvelable, du fait de son intermittence, n’est pas présente, de pouvoir recourir à d’autres sources d’énergie.

A terme on verra par des processus d’hybridation la possibilité de combiner cette énergie qui pour l’instant est photovoltaïque à des sources d’énergie qui pourront être éoliennes, hydroliennes, et d’autres sources qui pourront venir compléter celle-là, et faire en sorte que l’on évolue à terme vers une autonomie. Pour l’instant, on ne peut pas garantir l’autonomie avec seulement l’énergie photovoltaïque, car cela nécessitera des processus de stockage que nous ne disposons pas, et donc nous ne souhaitons même pas disposer.

Nous souhaitons plutôt nous orienter vers la diversification des approvisionnements en énergie, et cela fera autant de plates-formes pédagogiques pour nos étudiants dans les énergies renouvelables. L’idée claire de l’UdM est de compléter les énergies qui nous sont fournies par ENEO et par d’autres producteurs, par des énergies propres et systématiquement renouvelables. On en est au photovoltaïque, d’autres équipements vont suivre, et effectivement pour qu’à terme, on s’approche vers une autonomie énergétique.

Professeur, quand cette énergie sera-t-elle fonctionnelle à l’UdM ?

On est bien parti pour ce qui concerne le champ photovoltaïque que nous souhaitons installer. Comme vous le savez, il y a des bâtiments qui sont en cours de construction. Quand nous avons réfléchi aux plans de ces bâtiments, nous avons intégré le fait que ces bâtiments pourront  accueillir des plates-formes photovoltaïques. Avec l’aide de « Energie sans Frontière » qui est notre partenaire dans ce projet, nous disposerons assez rapidement dès que les bâtiments seront prêts, la possibilité d’autonomiser d’abord la Faculté des Sciences et de Technologie (FST), qui sera la plateforme exemplaire en terme de plateaux photovoltaïques. L’idée à la fin, c’est d’avoir à l’UdM un ensemble de bâtiments qui sont d’un point de vue énergétique, énergiquement positive, c’est-à-dire qu’on sera capable de produire plus d’énergies qu’en a besoin le bâtiment.

Ce projet photovoltaïque tient-il compte des autres projets comme la production d’énergie hydroélectrique interne qui a déjà été pensée ?

L’hybridité sera l’objectif final qui nous permettra à long terme de nous rapprocher de l’autonomie. Cela ne pourra que se faire en combinant divers sources d’énergies. C’est vrai que le photovoltaïque prendra une part importante dans cette hybridation, mais nous pensons bien sûr à d’autres possibilités de production, à condition qu’elles soient renouvelables. En tant que école de formation, nous cherchons également toutes les voies qui permettront d’explorer une variabilité de sources d’énergies qui vont concourir à l’objectif que nous nous fixons, à savoir nous rapprocher le plus possible  de l’autonomie.

Est-ce qu’il est possible qu’un jour l’UdM se départisse de l’électricité sous la forme que nous la connaissons aujourd’hui ?

Non seulement c’est possible, mais cela doit être un objectif et un exemple. Nous voulons que ce soit non seulement au niveau du campus un objectif très clair à atteindre, mais aussi nous espérons,  vu les difficultés énergétiques que connait le Cameroun, on s’orientera davantage vers la décentralisation de la distribution pour éviter le problème important du Cameroun qui est la distribution de l’énergie, et non la production, car on a des cours d’eau qui nous permettent d’avoir assez d’énergies.

Les problèmes de délestage que nous connaissons aujourd’hui, ce n’est pas une fatalité. L’UdM doit être un exemple, on a déjà une formation sur les énergies renouvelables, une grosse plateforme qui montre qu’on peut construire des bâtiments, des centres à énergie positive, et cela doit être un exemple un peu général au Cameroun à mon avis, et pourquoi pas en Afrique.

Peut-on imaginer qu’à terme l’UdM soit à travers sa filière énergie renouvelable, un centre de production des panneaux solaires pour les besoins domestiques dans la région et au-delà ?

Bien sûr ! C’est tout à fait envisageable, même s’il faut l’envisager dans une échéance assez lointaine.  L’objectif de la formation que nous avons mis en place c’est effectivement de faire en sorte que tout ce qui tourne autour des énergies renouvelables n’ait aucun secret pour nos étudiants. C’est vrai que nous nous focalisons davantage sur l’utilisation des panneaux aujourd’hui, mais nos étudiants ont une connaissance suffisante pour pouvoir être ingénieur dans des centres de production.

Pourquoi ne pas envisager rapidement au niveau du Cameroun des centres où on produit tout ce qui est nécessaire pour ces énergies renouvelables, donc c’est tout à fait possible. Ce sera un tout petit peu compliqué pour ce qui est des panneaux photovoltaïques car cela demande un investissement technologique important, mais dans l’éolienne, il  n’y a rien à faire, on peut déjà construire les éoliennes made in Cameroun, et les étudiants que nous formons ont des connaissances pour y arriver. C’est aussi un projet avec lequel l’UdM doit pouvoir aider le Cameroun à pouvoir produire localement tout ce qui est nécessaire à la maîtrise de cette technologie qui nous échappe encore un tout petit peu.